• Chronique
    Regardez sur quoi vous êtes en train de vous asseoir

    Dans la gare abandonnée de Sainte-Adèle, il ne restait absolument rien en terme d'ameublement. Quel dommage la disparition des bancs de gare : ont-ils été volés ? ou brûlés ? Seuls les murs le savent… Alors dans ce bel espace vide qu'est la salle d'attente des voyageurs, il fallait trouver du mobilier qui s'adapte au style et à l'ambiance projetés. En 1996, durant les travaux de restauration de la Gare, M. Bernard Brière de chez «Resthôtel» à Prévost me dénicha donc une vente de vieilles chaises au restaurant «Moulin Rouge» de St-Jérôme. Sans même vérifier l'état de chacune d'elles, je m'empressais de les embarquer pour la Gare. J'étais tellement heureux d'avoir trouvé ces chaises usées, et j'imaginais bien comment elles seraient mises en valeur lorsque j'aurais terminé de décaper toutes les boiseries intérieures. Du bois, du bois, que du bois…Une analyse par ordinateur de la palette de couleurs des chaises fût faite pour faire coïncider la teinture des tables. Ces dernières ont été fabriquées sur mesure par un ébéniste du coin.
    Asseyons-nous donc un instant pour apprécier tout le confort que nous offre ces chaises pleines de vécuet de coudées de bière. Et comme il n'est jamais trop tard pour s'instruire, j'apprends six ans plus tard, bien assis en lisant la Presse du 31 août 2001, que ces chaises de taverne sont des «Bentwood»!!! Voici donc un extrait de l'article de

  • Michel Belmare
    «Malgré ses apparences familières, cette chaise n'est pas d'ici. Ses origines sont européennes et plutôt centre-européennes. Son look ancien en même temps que très esthétique tient de son style Biedermeier en vogue au XIXe siècle dans les pays sous influence germanique. C'est un Autrichien, Michael Thonet, qui en est le créateur. Dans les années 1840, Thonet, qui, plus tard allait travailler avec entre autres Le Corbusier et Breuer, a perfectionné la méthode de pliage du bois qui allait vite devenir une méthode de production de masse.Thonet a compris que le hêtre répondait bien à l'effet de l'humidité et qu'il pouvait être facilement modelable à l'aide de formes après un certain temps dans un bain de vapeur. Aujourd'hui, le bois utilisé dans la fabrication de la Bentwood des tavernes, encore du hêtre, passe une quarantaine de jours dans un four à vapeur, en sort un peu comme du spaghetti, pour être inséré dans un moule qui le gardera encore une quarantaine de jours, mais cette fois, au sec. Là est le secret de cette chaise hors du commun, arrondie, chaleureuse. Ses barreaux courbés, alliés à quelques vis, en font une chaise étonnamment solide pouvant aisément traverser les décennies… . En 2001, les Bentwood vendues au Québec viennent donc du pays des Carpates, de Pologne, ou de la République tchèque…»
    Paul Mallette